Tout va bien, petit, tout va bien…

 

Avant l’outre-mer de demain, il y a celui d’aujourd’hui :

  • 40% de réunionnais qui vivent sous le seuil de pauvreté,
  • 50% des jeunes qui sont sans emploi, et les autres fortement touchés par la précarité pour plusieurs années,
  • Des principes d’humanité, de solidarité et de citoyenneté, qui se disloquent à tous niveaux, des familles aux institutions,
  • Des notions d’exemplarité, d’empathie, de bienveillance, qui n’ont plus cours…

TOUT VA BIEN, PETIT, TOUT VA BIEN…

En miroir à cette situation qui devrait être le seul sujet de préoccupation, le seul prisme à travers lequel regarder toute initiative, tout choix, toute décision, toute action, toute posture, on constate :

  • Un sous-préfet qui voit d’abord les contrats aidés comme des crédits à consommer,
  • Une association parapublique, axée sur les difficultés de la jeunesse, qui licencie les seul.e.s jeunes salarié.e.s de son équipe,
  • Un député qui promet de recevoir les gens, alors que c’est la base même de son mandat,
  • Une députée qui s’enorgueillit de le faire, mais ne dit jamais ce qu’elle en a retenu et conclu,
  • Le bilan d’activité d’une Direction de l’état dans lequel le mot « résultat » est absent,
  • Un sous-préfet qui tient un fort discours sur le devoir, puis rentre dans son bureau et passe à autre chose, son devoir accompli,
  • Des jeunes et des acteurs de terrain, qu’on réunit pendant près de 4 mois pour recueillir leurs espoirs, leurs difficultés, leurs propositions et dont on laisse les 150 pages du compte-rendu dans un tiroir de peur d’être dérangé dans ses bien-fondés et certitudes,
  • Une loi sur la priorisation de moyens et d’actions vers les quartiers les plus pauvres qui n’est pas respectée, ou si peu,
  • Des institutions qui ne raisonnent qu’en dispositifs empilés ou appels à projets isolés, quand on leur parle de stratégies globales de développement,
  • Des politiques sociales transversales dont on confie la conduite et l’animation à l’administration, qui ne dispose ni des compétences ni des outils pour cela, puisqu’elle n’a été créé que pour gérer et administrer, et non pour imaginer et développer… un autre métier,
  • Des opportunités de subventionnement et de financement qui se transforme en prérogatives hégémoniques du financeur, à décider seul de ce qui est utile.
  • Un sous-préfet qui affirme que, pour faire bouger les choses, il ne faut surtout pas d’un esprit « révolutionnaire ».

TOUT VA BIEN, PETIT, TOUT VA BIEN…

Tout cela n’a pas de sens, où n’a pas le même sens pour tout le monde, les mêmes ambitions. Un sens des valeurs, des enjeux et des pratiques qu’on met à mal trop souvent, tout en tenant des discours rassurants :

  • On préfère regarder les conséquences plutôt que les causes,
  • On met en avant les étiquettes plutôt que les compétences,
  • On parle d’innovation et de créativité, mais on ne remet jamais en question les prérogatives statutaires et les méthodes usuelles,
  • On préfère imaginer une nouvelle action, une nouvelle disposition, plutôt que de corriger ce qui ne fonctionne pas, lever les blocages, parce que c’est moins valorisant,
  • On privilégie le confort de sa propre analyse plutôt que se risquer à entendre l’expertise et les remontées des acteurs de terrain,
  • On dit vouloir avancer mais on reste accrocher à ses privilèges,
  • On dit vouloir conduire le changement mais à condition qu’il ne nous affecte pas,
  • On en appelle aux idées et projets externes, mais au lieu de vouloir être aidant du haut vers le bas et d’estimer devoir rendre compte de cette même façon, on préfère regarder vers son supérieur et ses pouvoirs à décider de ce qui sera une bonne idée subventionnée ou non, une tâche bien menée ou non.

TOUT VA BIEN, PETIT, TOUT VA BIEN…

Durant près de 10 ans, notre « cœur de métier » était de travailler à renforcer l’efficacité des politiques publiques transversales par tous moyens, autant dans leur élaboration en métropole que dans leur déploiement pratique à La Réunion. Nous avons ainsi constaté à maintes reprises, que la force des impacts et des résultats obtenus été beaucoup plus liée à la qualité des sens donnés et des pratiques qu’à celle des concepts.

À plusieurs, nous nous sommes réunis pour mener une réflexion sur cet axe particulier : l’innovation, non pas dans les projets, mais dans les méthodes utilisées, tant conceptuelles qu’opérationnelles. La synthèse de nos réflexions et de nos conclusions a été transmise récemment à qui de droit.
Ce travail d’investigation, sans complaisances ni aprioris ni raccourcis, nous a semblé incontournable pour que les propositions et projets émanant des Assises ne subissent pas ces handicaps et ces fragilités. De notre point de vue, il est évident que « l’économie » ne peut en être faîte si l’on souhaite confirmer les objectifs affichés pour les réunionnais, et qu’on en porte la responsabilité.

TOUT IRA BIEN, PETIT, TOUT IRA BIEN

Bernard  DEVIENNE (La Réunion)

Agissez pour votre territoire, rendez-vous sur www.assisesdesoutremer.fr

Commentaires (2)

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  1. DEVIENNE

    C’est toute la chaîne de conception et de fabrication qu’il faut revoir si l’on veut réaliser des « produits » innovants, ayant les qualités et les valeurs d’usage requises.
    « Une simple question de bon sens. » telle fut la simple réaction d’une personne âgée à la lecture du texte.

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