Penser l’avenir

 

Demain la Martinique est un groupe de réflexion et de proposition composé de femmes et d’hommes de générations différentes, possédant des compétences reconnues dans leurs domaines respectifs, et dont l’un des points communs est d’ «aimer leur pays de furieuse amour » pour reprendre la formule d’un historien haïtien du XIXe siècle.

Il s’agit d’une démarche citoyenne témoignant de la volonté de la société civile de contribuer à la réflexion commune sur l’avenir de la Martinique, étant précisé que Demain la Martinique s’alarme de la situation actuelle et souhaite que les décisions prises à l’issue des Assises des Outre-mer dégagent des perspectives pour une société refondée, beaucoup moins inégalitaire qu’elle ne l’est aujourd’hui et sachant tirer profit de ses atouts.

Demain la Martinique constate que le rapport avec l’hexagone est toujours marqué par la domination, ce qui suscite des tensions inquiétantes. Il convient, donc, d’apaiser la société. Au plus vite. Le groupe proposera quelques pistes pour y parvenir.

Ce premier texte est un document de cadrage qui sera suivi de propositions sectorielles adaptées à l’évolution de la société.

En effet, le fil conducteur de la réflexion est l’absolue nécessité d’aller au-delà du recensement de projets novateurs. Si cette dernière voie était retenue, on s’exposerait à proposer la version politico-économique du concours Lépine consistant à récompenser les « trouvailles ». C’est là une vision rabougrie, fautive, de la gravité des défis économiques et sociaux auxquels la société martiniquaise est confrontée. Les difficultés ne sont pas seulement d’ordre économique. Les projets mis bouts à bouts si innovants soient-ils seront privés d’effectivité s’ils ne sont pas adossés à un projet de société soutenant une approche nouvelle d’une économie qui ne reposerait plus uniquement sur le triptyque canne, banane, tourisme.

La vision que nous proposons a fondamentalement pour objet de redonner confiance en eux aux femmes et aux hommes de ce pays pour qu’ils deviennent les acteurs de leur vie.
Pour concrétiser cette démarche, Demain la Martinique distingue l’objectif des voies et moyens pour l’atteindre.

  1. L’objectif : Sortir du paradoxe de la non-production et de la sur-consommation

Il se décline en deux volets mis en œuvre simultanément.
Le volet économique et le volet sociétal.

  • Le volet économique

Inscrits dans la modernité, nous devons mettre en avant nos atouts : le soleil, le vent, les ressources marines et sous-marines et aussi l’intelligence collective, le savoir-faire collectif.
Concrètement, deux exemples :

o       Tendre à l’autosuffisance alimentaire et, par conséquent mettre en place un dispositif financier et fiscal protecteur de nos productions, et dans le même temps réorganiser, voire repenser la production et les circuits de distribution. Ce qui suppose aussi la modification des pratiques alimentaires ;

o       Généraliser l’énergie solaire pour l’usage collectif et domestique. Ainsi, il serait possible de fabriquer des panneaux solaires qui pourraient également être exportés dans la région. Des projets existent. Il faut en retenir un et trouver le financement. A cet égard, le partenariat public/ privé ne peut être écarté sans autre examen. Ajoutons qu’il existe d’autres possibilités  de financement.

  • Le volet sociétal

Il implique une transformation radicale des mentalités et des comportements. En d’autres termes, il faut progressivement renoncer à la dépendance consentie et aussi réinventer le lien social, le lien familial, revisiter le rapport au travail, produire des richesses en respectant l’environnement.

La culture doit occuper une place décisive dans la « nouvelle société ». Dans ce monde globalisé, nous devons recevoir des autres mais aussi leur apporter ce qui nous distingue. Nous n’arrivons pas au monde les mains nues.

Ces changements essentiels relèvent du temps long, une dizaine d’années au bas mot. Transformations économiques et sociétales intimement mêlées.

2. Les voies et moyens : les modifications juridico-politiques

Il s’agit là du temps court, voire très court. Il convient de distinguer l’institutionnel et le politique.

  • Le volet institutionnel

Demain la Martinique n’est pas hostile à l’élargissement du champ de compétences des habilitations et à celui de l’expérimentation, mais comprend le scepticisme des citoyens qui s’interrogent sur la pertinence de la revendication au regard des difficultés rencontrées pour tirer parti de celles déjà existantes. Deux propositions :

o       tenir compte de l’évidence de l’existence d’un peuple martiniquais au sein de la nation française ;
o       disposer de signes distinctifs permettant d’être identifiés dans les manifestations sportives et culturelles en particulier.

Une nouvelle formulation de l’article 72-3 de la Constitution s’avère, donc, nécessaire. Le droit doit être inventif.

Ainsi serait mise en œuvre, au moins partiellement, la « différenciation » prônée par le Président de la République.

  • Le volet politique

« Antillaniser », «Martinicaniser » la haute fonction publique et les postes à responsabilité du secteur privé. Le sujet est autant symbolique que politique. Il n’en est que plus important.
Et il y a urgence à prendre les premières dispositions allant en ce sens.

Il n’est plus supportable qu’autour du préfet, les directeurs des administrations déconcentrées de l’État soient tous des hexagonaux. Il va de soi que la priorité à l’embauche locale doit être effective également pour le secteur privé à tous les niveaux mais plus encore s’agissant des postes à responsabilité, pour les mêmes raisons à la fois politiques et symboliques. Cette mesure de bon sens est de nature à stimuler la confiance en eux-mêmes de nos compatriotes et d’éloigner la crainte qu’avait Césaire d’un « génocide par substitution».

Groupe de réflexion Demain la Martinique (Martinique)

Agissez pour votre territoire, rendez-vous sur www.assisesdesoutremer.fr

Commentaire (1)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Barrus Thierry

    Bonjour,
    …Concernant « l’antillanisation » des cadres dans la fonction public etc… , je suis au regret de dire que , c’est une très mauvaise chose qui n’a jamais rien apporté de bon pour la Martinique . Je l’ai toujours pensé et cela c’est toujours confirmé. Bien que beaucoup de ceux , qui viennent de l’hexagone n’apporte rien de bon non plus… Les cadres et autre employer de la fonction public (les fonctionnaires) ont toujours eu le plus grand mépris pour la population (et je les considères, plus, comme des ennemis pour la Martinique). A quand « l’abolition » et la privatisation de tout les services publics…

    Répondre